Un prix faible n'est pas un prix attractif
Sur la BRVM, certains titres se négocient à un cours en F CFA relativement bas, tandis que d'autres, comme Sonatel, affichent un cours unitaire élevé. Ces titres à faible cours attirent parfois les investisseurs débutants pour une raison simple : avec un budget limité, on peut en acheter un grand nombre, et l'idée qu'un titre puisse facilement doubler de valeur fait rêver. Cette intuition repose sur une confusion fréquente entre le prix d'une action et la valeur d'une entreprise.
Le prix unitaire ne signifie rien seul
La valeur d'une société cotée se mesure par sa capitalisation boursière : le cours multiplié par le nombre d'actions en circulation. Une action à faible cours d'une société qui compte un très grand nombre de titres peut représenter une capitalisation importante. Une action à cours élevé d'une société qui compte peu de titres peut valoir moins. Le premier titre n'est pas « moins cher » que le second : il est simplement découpé en davantage de parts.
Faire monter un cours de quelques centaines à plusieurs milliers de F CFA revient à multiplier la valeur de toute l'entreprise, ce qui est aussi difficile pour une petite société que pour une grande, quelle que soit la place boursière.
Les petites capitalisations à la BRVM
Les petites capitalisations, ou microcaps, sont des sociétés dont la valeur boursière totale reste modeste comparée aux grandes valeurs de l'indice BRVM 30 ou du BRVM Prestige. Un cours unitaire faible n'est pas forcément synonyme de petite capitalisation, et inversement, mais les deux phénomènes se recoupent souvent sur la cote régionale. Beaucoup de ces titres échangent peu de volumes chaque séance, ce qui les distingue nettement des valeurs les plus actives comme Sonatel, la SGBCI ou Ecobank Côte d'Ivoire.
Pourquoi certains titres affichent un cours faible
Une société en difficulté peut financer ses pertes par des émissions répétées d'actions, ce qui fait mécaniquement baisser le cours par dilution. Les actionnaires voient leur part de l'entreprise se réduire, même si le nombre de titres qu'ils détiennent ne change pas.
- La société a émis un grand nombre d'actions pour financer son développement.
- Elle a connu des difficultés et son cours s'est érodé sur plusieurs années.
- Elle a procédé à des augmentations de capital qui ont dilué les actionnaires existants.
- Elle appartient à un secteur ou à un pays de l'UEMOA moins suivi par les investisseurs régionaux.
Les risques spécifiques des titres peu liquides
- Faible liquidité : il peut être difficile de vendre un titre sans faire fortement varier son cours sur un marché comme la BRVM, où certaines valeurs n'enregistrent que quelques transactions par séance.
- Écart de prix important entre le meilleur prix acheteur et le meilleur prix vendeur, qui peut représenter plusieurs points de pourcentage.
- Limites de variation de cours : la BRVM encadre les mouvements quotidiens, ce qui peut bloquer temporairement l'exécution d'un ordre sur un titre très demandé ou très vendu.
- Dilution liée à des émissions répétées d'actions nouvelles au détriment des actionnaires existants.
- Information limitée : certaines sociétés de la cote régionale font l'objet d'un suivi plus faible par les analystes que les grandes valeurs.
- Risque de manipulation : les titres peu liquides sont une cible plus facile pour des mouvements de cours artificiels, notamment relayés sur les réseaux sociaux.
Peut-on y trouver des opportunités ?
Certaines petites sociétés de la BRVM peuvent se développer fortement dans les années à venir, portées par la croissance économique de l'UEMOA. Mais ces réussites sont minoritaires et difficiles à identifier à l'avance. Avant d'investir sur ce segment, posez-vous quelques questions :
- Quelle est la capitalisation totale de la société, et est-elle cohérente avec son activité réelle ?
- Quel volume de titres s'échange en moyenne chaque séance sur le marché de la BRVM ?
- La société publie-t-elle régulièrement ses résultats et des informations financières claires ?
- D'où vient la recommandation d'achat que vous avez reçue ?
Les bonnes pratiques
Si vous souhaitez investir sur des petites capitalisations ou des titres peu liquides de la BRVM, limitez cette exposition à une part restreinte de votre portefeuille. Passez vos ordres via votre SGI avec des limites de cours plutôt qu'au marché, pour éviter d'acheter ou de vendre à un prix éloigné de vos attentes compte tenu de la faible profondeur du carnet d'ordres. Ignorez les messages non sollicités promettant des gains rapides, et consultez les publications officielles des sociétés, les bulletins de la BRVM ainsi que les analyses de Sika Finance et CGF Bourse.
Ce qu'il faut retenir
Un cours faible en F CFA n'est ni bon marché ni cher en soi : seule la valeur réelle de l'entreprise compte. Les petites capitalisations et les titres peu liquides de la BRVM cumulent souvent faible liquidité, risque de dilution et information limitée. Ils exigent une analyse sérieuse menée avec l'aide de votre SGI et une exposition mesurée au sein d'un portefeuille diversifié.
Ce guide présente des notions générales à visée pédagogique et ne constitue pas un conseil en investissement.
